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De Mercedes Jellinek à Jellinek-Mercedes

Déposé par dans 05/03/2013 – 20 08 12 03123Pas de commentaire

1853-1917L’histoire est souvent facétieuse. Elle plonge dans l’oubli des gens illustres alors qu’elle en glorifie d’autres de manière disproportionnée. Qui se souviendrait de Monsieur de la Palisse si la personne qui relata son décès n’avait écrit une grosse connerie ? Triste aussi le sort du Maréchal Cambronne dont les 30 ans de carrière militaire se résument maintenant en un gros mot qu’il n’a peut-être pas dit. Mercédès Jellinek fait un peu partie de ces gens, puisqu’elle a donné bien involontairement son prénom à des millions de véhicules sans ne s’être jamais intéressée à l’automobile…

Emil Jellinek, son père, est né en 1853 à Leipzig. Homme d’affaire avisé, il bâtit sa fortune en Afrique du Nord, principalement dans le domaine des assurances. Partageant ensuite son temps entre Vienne et Nice, il devient Consul Général de l’Empire Austro-Hongrois à Nice.

1Passionné par l’automobile naissante, il visite en 1897 l’usine Daimler à Cannstatt en Allemagne. Conquis, il achète une voiture, puis deux autres l’année suivante. Il ouvre alors une grande concession Daimler à Nice où sous le nom de Daimler Motoren Gesellschaft. Grâce à ses relations mondaines, il vend 10 voitures en 1899 et 29 en 1900.

Dès 1899, Emil Jellinek participe à différentes courses sous un pseudonyme, chose courante à l’époque. Il choisit « Mercedes », utilisant ainsi le prénom de sa fille Mercedes Adrienne Manuela Ramona née 10 ans plus tôt. Un nom intéressant car il se prononce de la même manière dans toutes les langues, sans connotation étrangère.

3A l’usage, Emil Jellinek trouve des défauts aux Daimler, qui sont encore construites sur le schéma des véhicules hippomobiles. Il pense que l’avenir est à la vitesse et à l’élégance. Il jette les bases  d’une voiture possédant un châssis solide, des voies larges, un centre de gravité surbaissé, un moteur en alliage léger et invente le radiateur à nid d’abeilles, constitué de 8.070 petites alvéoles, un gros progrès en matière de refroidissement.

Il soumet son projet à Daimler qui peut difficilement refuser car il en commande directement 36 exemplaires. Se remettant lentement d’une crise cardiaque, Gottlieb Daimler confie ce travail à son fils Paul et à Wilhelm Maybach, l’ingénieur maison. Compte tenu de sa notoriété, cet encombrant client, qui pense que le nom de  « Mercedes » favorisera les ventes, demande à Daimler que « sa » voiture porte ce nom. Equipée d’un moteur 4 cylindres de 5,9 litres de 35hp, elle devient la Mercedes 35hp, préfigurant l’automobile moderne.

2Les succès sportifs de la voiture lui assurent en effet une belle notoriété et en commerçant avisé, Emil Jellinek dépose la marque « Mercedes » et demande l’exclusivité de marchés tels que la France et les Etats-Unis. C’est alors sa période faste, il devient un énorme client diffusant des voitures par centaines dans le monde entier, il fait construire la Mercedes Simplex, devient un très gros actionnaire, siège au conseil d’administration de Daimler...

Très vite, l’omniprésence d’Emil Jellinek agace les Daimler qui lui enlèvent ses exclusivités, l’écarte du conseil d’administration, et s’en débarrassent totalement en 1908, tout en gardant le nom de « Mercedes » qui s’est largement imposé.

5Emil Jellinek quitte le monde des affaires par la petite porte et pour compléter le tableau, se voit accusé par le gouvernement Français d’espionnage au profit de l’Empire Autrichien. Ses biens sont saisis en France. Emil Jellinek-Mercedes (il a fait légalement modifier son nom et acheté un titre de noblesse) quitte la France, ruiné, vraisemblablement trahi  par son statut de juif autrichien. Il finit sa vie à Genève, le 21 janvier 1918 à 65 ans et selon son désir, est enterré à Nice.

Et Mercedes Jellinek, dans tout cela ? Sa jeunesse insouciante dans le gotha niçois se termine lorsqu’en 1909, à moins de 20 ans elle épouse le baron Karl von Schlosser, un diplomate autrichien. Le mariage a lieu à Nice, en grandes pompes. Le couple s’installe à Vienne et aura deux enfants. La famille Schlosser  s’écroule lors de la première guerre mondiale, avec la chute de l’Empire Autrichien.

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Mercedes quitte son mari en 1923 pour un fol amour avec le baron von Weigl, un sculpteur fauché atteint de la tuberculose. Ils se marient et l’artiste fantasque dilapide rapidement la fortune de Mercedes en fêtes et en voyages. Il décèdera peu de temps après, rongé par l’alcool et la tuberculose.

La baronne Mercedes von Weigl, ruinée et malade, décèdera à Vienne le 23 février 1929. Elle venait d’avoir 40 ans. Elle repose au cimetière central de Vienne, sous le nom de « Baronne Schlosser » avec également une erreur de 10 ans dans sa date de naissance. On est bien peu de chose.

L’histoire a retenu que Mercedes Jellinek avait baptisé de son prénom la marque à l’étoile. On peut toutefois se demander si le nom qui orne toujours la calandre des Daimler-Benz n’est pas surtout le pseudonyme de son père Emil, précurseur plutôt oublié…

JB

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