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1933: Tout existait, même la muflerie au volant !

Déposé par dans 30/11/2010 – 23 11 23 112311Pas de commentaire

En matière d'automobiles, tout existait déjà dans les années '30: La production de masse, les taxes, les règlements et contrôles multiples, les vols et les arnaques, les embouteillages et même l'agressivité au volant, sujet de ce coup de gueule datant de… 1933 !

"Jadis, lorsque sur la route un cavalier voulait dépasser un autre, il ralentissait son allure afin de ne pas donner au cheval de l'inconnu le brusque désir de le suivre dans sa galopade ... Puis accompagnant d'un sourire son large coup de chapeau, il demandait la permission de passer.

Ce sont là de courtoises habitudes que les cavaliers n'ont point trouvé utile de conserver lorsqu'ils troquèrent leurs pur sang contre des automobiles : le gentleman qui, nu-tête dans un bolide, exige d'un hurlement impératif de klaxon la liberté de la route sans se soucie pas du dangereux écart dont peut, par sa faute, être victime la petite 5 CV que pilote une dame bien crispée sur son volant : la plupart du temps, il lui jettera même au passage un regard lourd de rancune et de mépris, très probablement accompagné d'un frôlement calculé qui apprendra à cette écervelée à se ranger plus vite.

Cette priorité du plus fort, du plus brutal et du plus bruyant est un signe d'époque contre lequel il n'y a rien à redire puisque, hautement approuvé par un code qui n'est en somme qu'une légalisation des coutumes de la route, elle est devenue un droit. Or, mettre l'homme en possession d'un "droit" c'est lui créer un irrésistible besoin d'utiliser coûte que coûte ce qui lui est permis, à défaut de quoi, il se croirait lésé.

L'homme du monde le plus accompli, qui, avant de monter en voiture, baise les mains et se targue d'être galant, devient, lorsqu'il s'assied au volant, l'ennemi âpre, rageur et parfois grossier.

Par la glace d'une belle conduite intérieure, apercevez-vous un monsieur très décoré, ganté de frais et dont l'allure distinguée suscite en vous une secrète sympathie, ne vous avisez pas de l'obliger à quelque brusque coup de frein... Car selon toute probabilité, son fin visage se contractera pour vous apostropher et pour défendre, aile contre aile, pare-chocs contre pare-chocs chaque pouce de terrain que les arrêtés municipaux l'autorisent à conquérir. En débouchant de gauche dans quelque carrefour parisien difficile, bloquez tout simplement vos freins, calez votre moteur et attendez qu'un vide suffisant se produise dans la chaîne ininterrompue des voitures; car la loi n'étant pas pour vous, vous avez peu de chances qu'il se trouve parmi les chauffeurs un être assez désintéressé pour ralentir par pure courtoisie : tous préféreront vous contourner ostensiblement et cela sans songer à dissimuler leur impatience derrière le geste aimable que vous attendiez.

Malheur à celui qui, sous le prétexte d'être pressé, osera par un doublement "inadmissible" attenter à l'honneur du blason ! Animé d'un juste esprit de vengeance, il faudra coûte que coûte, pourchasser cet audacieux et le forcer à rouler, comme il le mérite, sur les bas côtés herbus, à proximité des arbres: quitte même à lui barrer la route au moyen de larges zigzags...

Et le justicier, fier d'avoir enseigné le devoir à cet inconnu et convaincu d'avoir fait preuve d'esprit sportif, se vantera de ces hauts faits, le soir, entre amis, comme s'il se fût agi d'une aventure de chasse.

Voilà donc comment s'accrédite de jour en jour cette habitude de "muflerie" qui, sans raisons apparentes, a trouvé sur la route une zone de développement meilleure que partout ailleurs.

Lorsqu'il s'agit de dépannage ou d'entraide, comment s'étonner alors de l'indifférence générale ? Il faut dire qu'il est, parmi les "histoires de route" une catégorie qui contribue largement à entretenir l'altruisme : ce sont les récits malheureusement véridiques, de touristes assaillis par les malfaiteurs au moment où ils s'arrêtaient pour porter secours à de soi-disant accidentés, récits de braves gens qui, ayant offert une place dans leur voiture à quelque dame fatiguée, se sont vus, à la suite d'une menace de scandale, délester de leur portefeuille.

Mais donner une bougie, remonter un pneu ou ramasser un blessé constitue déjà une forme très supérieure de l'amabilité et n'est pas à la portée de tout le monde. Le rêve envisagé consisterait tout simplement à créer sur la route une atmosphère agréable. Est-il trop ambitieux d'espérer qu'un jour deux conducteurs qui entreront en légère collision, au lieu de se traiter des noms les plus vulgaires, se demanderont pardon comme s'ils s'étaient marché sur le pied ?"

Extrait de "L'illustration automobile", 1933

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