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Les voitures d’Adolphe Kégresse (1879-1943)

Déposé par dans 08/11/2010 – 16 04 19 111911Pas de commentaire

Les grandes croisières Citroën ont fait rêver des générations. Les voitures utilisées pour traverser le monde étaient équipées de chenillettes et s’appelaient "Citroën Kégresse". Mais qui donc était monsieur Kégresse?

Adolphe Kégresse est né le 20 juin 1879 à Héricourt, en France, en Haute-Saône. Son père est contremaître dans une filature des environs et sa mère tient un magasin de confection bien situé dans la grand' rue. Loin de la tradition familiale, il suit des études techniques à l'école industrielle de Montbéliard. Le siècle est tout neuf, le moteur à explosion aussi. Kégresse fabriquera même une motocyclette...

Le démon de l'aventure le travaille et en 1905 il décide, avec un copain, de tenter sa chance en lointaine Russie. La suite à un petit côté conte de fée…

Il entre comme maître mécanicien aux chemins de fer de Saint Petersburg et se fait vite remarquer pour ses compétences techniques. Le Prince Orloff le présente au Tsar Nicolas II qui lui confie, à 25 ans, l'organisation du garage impérial. Sa réputation est telle qu’il devient le chauffeur personnel du Tsar.

L’état des routes russes et la rigueur du climat le pousse à chercher de nouveaux moyens de progression. Il modifie un châssis Mercedes 45hp. Il fixe des skis sous l'essieu avant et place à l'arrière des poulies garnies de courroies en poils de chameau. Lorsque la voiture s'enfonce, les skis et les courroies entrent en contact avec le sol. Les essais sont convaincants, il fait soixante kilomètres sur la Neva gelée.

A partir de 1912, Kégresse équipe de chenilles environ 300 voitures (Packard, Austin, Mercedes, Peugeot, Delaunay-Belleville…) dans l’usine de Putilovski, donnant à l'armée russe une nette avance dans ce domaine. Son procédé avait l’avantage de s’adapter à des châssis existants, mais la longévité des chenilles, qui dépassaient rarement les 5.000 kms, restera le talon d’Achille jusqu’à ce que des caoutchoucs renforcés voient le jour.

Lors de la révolution bolchevique de 1917, la famille Kégresse, au service du Tsar Nicolas II se réfugie en Finlande, où Adolphe travaille sur une Talbot, mais les moyens disponibles sont assez limités.

De retour en France, Il entre chez Citroën, où il devient responsable des véhicules tout-terrain. Mis au point avec Jacques Hinstin, le procédé Kégresse-Hinstin  sera utilisé de 1921 à 1937. Citroën fournit l’armée française, de nombreux services publics (postes, douanes, pompiers…) et bon nombre de privés (tourisme, agriculture, travaux forestiers…), dans toute l’Europe et en Amérique du Sud. Louis Renault, l’ennemi de toujours lance pour sa part ses "routiers du désert" dont le succès ne sera pas comparable.

La première 10hp Citroën équipée de chenilles roule en 1921. Les démonstrations sont nombreuses, avec une forte prédilection pour les escaliers! Les performances sont telles qu’André Citroën décide de lancer de vastes opérations publicitaires.

En 1922/23, la B2 premier type traverse le Sahara. L'expédition transsaharienne est un succès médiatique important et débouche sur la création de la Compagnie Générale Transsaharienne Citroën (Citracit), une liaison commerciale qui ne connut pas un grand succès et fut rapidement clôturée.

L'année suivante, la B2 second type et la 15hp font le trajet Alger - Madagascar, sous le nom de Croisière Noire.

En 1931 et 1932, la Croisière Jaune, cofinancée par le National geographic conduit des AC4F et AC6F de Beyrouth à Pékin sur plus de 13000 km… Les voitures sont équipées de rouleaux de franchissement à l'avant.

En 1933, l'amiral Richard Byrdle reçoit 3 modèles C6 en prêt pour conquérir l'Antartique. Le voyage au Canada sera très dur, obligeant parfois les voitures à rouler par -70 degrés ! Considérée comme un échec, la Croisière Blanche mettra un point final aux grands raids Citroën.

Au décès d’André Citroën, en 1935, la famille Michelin prend le contrôle de la firme. Kégresse s'en va. Il transforme en atelier les dépendances de sa maison, au numéro 2 de l’avenue du Colifichet à Croissy sur Seine.

Il y étudie une boite de vitesses automatique appelée « AutoServe », puis une chenillette électrique anti-char commandée à distance par câbles. Il améliore aussi le rendement d’un moteur 4 cylindres à vapeur. C'est penché sur cette dernière réalisation qu'il sera frappé par une congestion cérébrale, le 9 février 1943.

Adolphe Kégresse avait tout simplement inventé le principe du « half-track », utilisé par toutes les armées durant la seconde guerre mondiale.

Et bien longtemps après la chute de la Sainte Russie, longtemps après que la voix d'André Citroën n’ait fini de raisonner dans les halls du Quai de Javel, il reste encore de part le monde quelques autochenilles Kégresse, témoins d’étonnantes aventures humaines.

Jacques Bougnet

Robert Laboureur nous propose cette photo prise à Rétromobile en février 2010

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